Quel est l’objet de combo, organisation qui est née du rapprochement d’Inter-Made, de la Ruche Marseille et d’Az’Up ?
Cela fait 25 ans que nous accompagnons des projets citoyens et que l’on participe à convaincre les collectivités et les entreprises de leur faire de la place. On s’aperçoit aujourd’hui que cela ne suffit pas à provoquer un changement d’ampleur. Dans les années 2000, les entreprises sociales et solidaires étaient très marginales. Puis, il y a eu au l’aube des années 2010 l’essor de l’entrepreneuriat social et la loi Hamon qui est venu donner un véritable cadre et renforcer la légitimité de l’économie sociale et solidaire (ESS). Pour autant, la multi-crise sociale et environnementale n’a cessé de croitre et nous impose aujourd’hui de participer à une réponse systémique.
C'est le moment de démultiplier notre action. Initialement, nous avions une unique mission qui était de faire naître et grandir les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Notre expérience nous montre qu’on ne peut pas se contenter d’accompagner des projets pour les laisser ensuite évoluer dans un système inadapté à leurs spécificités. C’est la raison pour laquelle nous avons également adopté une deuxième mission : faire système. Il s’agit là d’une adresse aux territoires et à leurs forces vives : allons-y ensemble, en conscience que chaque progrès concret résulte de multiples implications et adaptations. Prenons l'exemple simple d'une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Pour qu’elle produise ces effets positifs sur l’alimentation de ses membres et l’économie de l’agriculteur impliqué, il faut que la mairie propose un espace pour la distribution, que les membres puissent se libérer de leurs obligations familiales ou professionnelles pour participer bénévolement... Pour changer les modes de production et de consommation, il faut plus qu’une idée et de la détermination, il faut un enchaînement de mouvements. Combo propose désormais de penser et d’accompagner ces efforts collectifs.
Notre troisième mission est de faire culture. Forger de nouveaux imaginaires pour rendre l’écologie désirable. On a besoin que les mentalités et habitudes de consommation changent pour que la demande se déplace vers des entreprises qui prennent en compte l’environnement et le social dans leurs modèles. Il faut que les choix productifs se fassent démocratiquement et que le rapport au travail évolue. De quoi avons-nous réellement besoin ? Comment les entreprises peuvent-elles répondre à cette demande dans le respect des limites planétaires ? Comment prioriser et garantir l’accès à l’offre pour toutes et tous ? C’est cela qu’il est important de décider ensemble. Le monde de la finance aussi doit intégrer le réalisme de l’ESS. La culture prônée par combo invite à prendre conscience qu’investir, produire et consommer, c’est préfigurer notre futur commun.
Pourquoi avoir choisi le nom de combo ?
Nous voulions un nom court, facile à retenir et qui exprime bien notre vision des choses. Le combo dans l’univers du jeu représente le fait d’associer différentes cartes qui, au contact les unes des autres développent des super-pouvoirs. C’est grâce au collectif que l’on peut véritablement faire levier pour modifier le système en profondeur. Notre devise, Entreprendre l’utopie, est une invitation à rêver grand et à concilier la puissance de l’action avec nos idéaux de justice sociale et environnementale.
Justement, combo est-elle une organisation ou un collectif ?
C’est une organisation qui regroupe, pour l’instant, trois structures juridiques : l’association Inter-Made, la SAS Hive on Mars et l’association la combinerie (ex Ruche Marseille). On peut imaginer que d'autres organisations nous rejoignent à l'avenir… On ne se l’interdit pas. Au niveau administratif, chaque entité a sa raison d’être et permet d’encadrer juridiquement chacune des activités dans les meilleures conditions. Nous avons bien conscience que cela peut parfois prêter à confusion en externe et allons donc faire beaucoup de pédagogie ces prochains mois auprès de nos partenaires financiers et opérationnels, auprès des entrepreneur·es et du grand public, etc.
Quelle est l'ambition de combo pour ces cinq prochaines années ?
Petite enfance, alimentation, santé, culture, construction, logistique, textile, énergie, communication… Tous les secteurs d’activité accueillent des entrepreneur·es qui ont été accompagné·es par combo. À l’heure où nous parlons, un peu plus de 5000 personnes en région PACA occupent un emploi à forte utilité sociale dans une entreprise qui a utilisé nos services depuis 2001.
Notre ambition pour les cinq années à venir est de doubler ce chiffre. Pour ce faire, il nous faudra continuer à progresser dans la qualité de notre travail et de nos choix, dans notre capacité à détecter et à renforcer le pouvoir transformateur des projets et des personnes qui les portent pour mieux les connecter, les associer, les combiner. Il nous faudra aussi démultiplier le nombre et la diversité de nos partenaires ; il faudra toujours veiller à faire croître le nombre de citoyennes et citoyens informés de nos avancées. Pour approcher du point de bascule, de ce moment où la norme se déplace, pour qu’il devienne évident qu’entreprendre n’a d’intérêt qu’au service de l’utopie, l’enjeu des cinq ans à venir pour la communauté combo sera la mobilisation.
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