Gouvernance

4 bonnes pratiques pour améliorer vos réunions inspirées d’Enercoop Paca

Fournisseur d'électricité renouvelable, locale et citoyenne présent en PACA, Enercoop est aussi une entreprise réputée pour sa gestion démocratique. Alors, quelles sont les bonnes pratiques de cette coopérative et comment s’en inspirer ? Tour d’horizon avec Virginie Gallon, Co-directrice d’Enercoop Paca.

Saviez-vous que le fournisseur d’électricité Enercoop était une coopérative ? Cela veut dire que chaque sociétaire de la structure dispose d’une voix, qu’il ou elle détienne 100 parts ou 1 seule. Plusieurs collèges distincts représentent les parties prenantes (conformément à son statut de SCIC) : producteurs, consommateurs, salariés, partenaires…

Partant du principe que « le chemin compte autant que le résultat », la question de la gouvernance — c’est-à-dire l’ensemble des règles relationnelles et organisationnelles — a fait l’objet d’une réflexion poussée chez Enercoop. Depuis 10 ans, elle a mis en place de nouvelles pratiques de fonctionnement pour mieux partager le pouvoir, redistribuer les richesses et favoriser la coopération. Une mutation accompagnée par  l’Université du Nous : « Ces règles doivent nous permettre d’atteindre nos objectifs (réussir ce qui nous a réunis), tout en préservant le collectif et les individus qui le composent », explique Virginie Gallon, Co-directrice d’Enercoop Paca.

Si l’adoption d’une gouvernance partagée nécessite de penser en profondeur les rapports de pouvoir (combo propose d’ailleurs une formation sur le sujet pour les accompagnateur·ices de l’économie sociale et solidaire, NDLR) et ne se résume pas à quelques outils disséminés ici et là, certaines bonnes pratiques peuvent néanmoins être source d’inspiration pour les organisations citoyennes. Virginie Gallon nous partage 4 méthodes et approches pour animer des réunions de manière plus démocratique :

1. La communication non violente

Toute l’équipe d’Enercoop Paca a été formée à la communication non violente (CNV).  Centrée sur l’observation et l’expression des besoins, c’est une méthode qui permet de comprendre ce qui se joue dans certaines situations conflictuelles. Pour Enercoop Paca, « la CNV est avant tout une intention, plutôt qu’une manière de s’exprimer : celle de se relier à l’autre, celle d’établir une connexion de qualité, plutôt que celle d’avoir raison. » Une approche utile aux collaborateur·ices comme au projet, estime Virginie Gallon : « Elle favorise les conditions de la coopération. C’est donc cohérent avec notre modèle de SCIC. Contrairement aux idées reçues, la CNV n’interdit pas de se dire les choses franchement, mais on y met les formes, sans reproche, sans accusation, ni tensions inutiles. »

2. Un cadre de sécurité

Les réunions chez Enercoop sont balisées par un cadre de sécurité, qui définit un certain nombre de règles à respecter. Elles sont encadrées par un·e animateur·ice qui veille à distribuer la parole de manière équitable (entre les personnes de genres différents, entre les responsables et les chargés, les jeunes et les plus anciens). Les participant·es doivent lever la main et dire s’ils/elles expriment un besoin de clarification ou de ressenti. Des précautions qui permettent plus d’équilibre entre les points de vue et de mieux traiter les demandes et besoins de chacun·e.

3. La gestion par consentement ou par objection

Enercoop Paca privilégie les décisions par objection ou « au consentement ». Une méthode qui vise à lever les objections une à une des membres d’un groupe vis-à-vis d’une proposition, jusqu’à obtenir le consentement de chacun·e avec « 0 objection raisonnable ». Le principe ? Une personne formule une proposition (de budget ou de nouvelle activité, par exemple). Un animateur·ice veille au bon déroulé des discussions que voici :  

• tour de clarification : chacun peut poser des questions à celui ou celle qui a fait la proposition pour être sûr·e d’avoir bien compris. À ce stade, personne ne donne son avis.

• tour de ressenti : chaque personne peut s’exprimer, proposer des modifications, donner un avis favorable ou défavorable. Cela permet aux nouveaux collaborateurs ou aux plus réservés de s’exprimer.

• amendement : le « proposeur » peut clarifier, amender ou retirer la proposition.

• tour d'objection : l’animateur·ice fait tourner la parole pour demander à chaque membre du groupe s’il ou elle a une ou plusieurs objections raisonnables à la proposition.

Selon l’Université du Nous, « L’objection est l’expression d’une limite, qu’elle soit personnelle, structurelle ou liée à la mission du projet ou de l’organisation (…) elle n’est pas une façon d’exprimer une préférence de choix ou d’option. Une objection est dite raisonnable lorsqu’elle :

‍• bonifie la proposition : elle sollicite la créativité du groupe pour améliorer la proposition de départ, dans le respect de l’ordre du jour si la réunion en a un ;

• élimine la proposition : elle rend purement et simplement impossible la proposition.

• est argumentée : elle est accompagnée d’arguments convaincants pour lui donner du poids. »

• bonification de la proposition : c’est l’étape de traitement des objections une par une. L’objection peut annuler la proposition ou amener le groupe à transformer ce qui bloque en solution.

• validation et célébration : lorsque la proposition ne soulève plus aucune objection, il y a consentement, la proposition est adoptée et devient une décision qui engage les membres du groupe.

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Crédits photos : Matthieu Parent
4. L’élection sans candidat

Lorsqu’un rôle, une tâche ou une mission est à pourvoir, Enercoop utilise cet outil. Contrairement à une élection traditionnelle, personne ne se porte candidat. Ce sont les membres du groupe qui choisissent la meilleure personne. Pour Virginie Gallon, il s’agit d’un procédé vertueux : « Cette méthode permet de légitimer la personne. Et à la différence d’un appel à volontaires classique, où ce sont souvent les mêmes qui se manifestent, on voit d’autres profils émerger ».

Pour ce faire, il faut d’abord rédiger un descriptif précisant quelles sont les tâches afférentes à la fonction faisant l’objet d’une élection. Les participant·es s’expriment sur les qualités requises et attendues pour le rôle et définissent le mandat (durée ou conditions d’application), avant de passer au vote. Après un processus en plusieurs étapes qui permet notamment à chaque personne d’expliquer son choix et de traiter les objections, la personne est élue.

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*Enercoop Paca a été accompagnée en 2011 dans le cadre du Starter (devenu Starter+ depuis). Retrouvez-la ainsi que d'autres projets accompagnés ou hébergés dans notre rubrique communauté !

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